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Agriculture, Alimentation, pesticides

Ré-autorisation des néonicotinoïdes   Vraiment pas d’alternative ?

Alors qu’ils sont interdits en France et en Europe en raison de leur toxicité sur les abeilles et l’environnement, le gouvernement veut ré-autoriser les insecticides néonicotinoïdes pour la culture de la betterave sucrière. Une fuite en avant au service de l’agriculture intensive, sans même chercher à faire évoluer ses pratiques.

 

 Si les producteurs parlent d’attaques de pucerons exceptionnelles sur les semis de betteraves en 2020, ils n’ont pas vraiment d’élément de comparaison. Depuis 20 ans qu’on enrobait les semences avec des néonicotinoïdes en agriculture conventionnelle, le problème des pucerons était résolu. Durant ces deux décennies, on n’a donc pas fait de recherches sur les méthodes de lutte alternatives, on n’a pas non plus travaillé sur des variétés de betteraves résistantes à la jaunisse, on s’est seulement évertué à agrandir la taille des parcelles aux dépens des arbres et des haies. Alors, dès la première alerte, les exploitants ont assiégé le gouvernement.

RECOURS SYSTÉMATIQUE

« Il est vrai qu’on n’a rien aujourd’hui pour remplacer des molécules aussi efficaces que les néonicotinoïdes, assure Guy Richard, qui a dirigé le département environnement et agronomie de l’Inra (Institut national de recherche agronomique) avant de prendre la tête de la direction de l’expertise scientifique collective, de la prospective et des études d’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement). On enrobe les semences avant même de savoir s’il y aura des pucerons, c’est un recours systématique aux insecticides. Mais en restant dans cette logique de traiter chaque problème par un produit phytosanitaire, on n’entrera jamais dans la transition agro-écologique. »
Certes, il n’existe aucune parade aussi absolue que les néonicotinoïdes, mais on peut associer les méthodes de lutte alternatives. « On peut jouer sur les populations de pucerons, poursuit Guy Richard. Comme ils sont très sensibles aux odeurs, des inter-rangs de plantes répulsives les repoussent, tandis que des plantes attractives en bordure de culture les attirent. »

COCCINELLES ET ROTATIONS LONGUES

Et puis les auxiliaires tels que les coccinelles peuvent jouer un rôle essentiel, tout comme la date des semis de betterave. « En bio, on commence par des faux semis pour épurer les adventices, explique Loïc Tridon, référent betterave sucrière bio pour les Hauts-de-France, la principale région productrice de betteraves. Les dates de semis sont par conséquent beaucoup plus tardives qu’en conventionnel, et les vols de pucerons en partie déjà passés. De plus, on favorise la présence des auxiliaires, qui sont des prédateurs voraces de pucerons. »
À l’inverse, les semis ont été plus précoces que d’habitude en conventionnel en 2020 et les pucerons aussi, à une période où les coccinelles n’étaient pas encore opérationnelles !
Autre pratique utile du bio, on y assure des rotations longues, plus aptes à casser le cycle des maladies et des prédateurs qu’une culture de betterave une année sur deux. Quant à la fertilisation minérale, on la juge attractive pour les pucerons, elle y est interdite.
Évidemment, les méthodes alternatives ne sont pas une assurance tous risques et elles coûtent plus cher. « Les seuls agriculteurs ne peuvent en supporter le surcoût, c’est ce qui explique en partie l’échec du plan Ecophyto, estime Guy Richard. Dans un marché aussi mondialisé que celui du sucre, il faut une plus-value, elle n’existera qu’avec des pratiques agro-écologiques et une production locale, qu’il faudra labelliser comme le font l’agriculture bio et les circuits courts. »

CHUTE DES COURS DU SUCRE

De fait, à la décharge des exploitants conventionnels, les cours se sont effondrés depuis la fin des quotas sucriers. Pour la Confédération paysanne, farouchement opposée à la ré-autorisation des néonicotinoïdes, « la compétition à outrance sur le prix n’est pas compatible avec la sortie des pesticides, c’est une erreur de croire que l’agriculture va changer si on ne pèse pas sur les logiques de marché ». L’affaire des néonicotinoïdes n’en serait qu’un exemple. Le projet de loi doit arriver au Parlement fin septembre, le résultat du vote en dira long sur la volonté d’engager une véritable transition écologique.

Élisabeth Chesnais